Désinformation climatique : pourquoi la transition de la mobilité est attaquée… et comment les entreprises peuvent reprendre la main

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19 January 2026
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Les points clés à découvrir dans cet article

  • 90% des narratifs de désinformation ne nient plus le changement climatique mais s'attaquent aux solutions pour freiner l'action.
  • La mobilité représente 9% de ces narratifs, ce qui en fait l'un des secteurs les plus exposés au brouillage informationnel dans les médias.
  • 71% des Français perçoivent à tort les véhicules électriques comme aussi nocifs que les thermiques, une conséquence directe de la répétition médiatique de récits trompeurs.
  • La donnée est l'outil de souveraineté : face à l'émotion des récits, seule l'objectivation par les faits permet aux entreprises de maintenir leur trajectoire de décarbonation.

Une étude pour objectiver la désinformation climatique, pas pour commenter le débat

Cet article s’appuie sur les résultats du rapport Cartographie de la désinformation climatique dans les médias français et brésiliens, publié en octobre 2025 par Data For Good, QuotaClimat et Science Feedback, dans le cadre d’une coopération entre le projet Climate Safeguards et l’Observatoire des Médias sur l’Écologie.

Le périmètre de cette étude est très clairement délimité. Elle analyse exclusivement la désinformation climatique, au sens strict défini par la littérature académique et les standards internationaux de fact-checking. Les sujets environnementaux connexes (biodiversité, ressources naturelles ou agriculture hors lien direct avec le climat) sont explicitement exclus du champ d’analyse.

Sur le plan géographique et médiatique, l’étude se concentre, pour la France, sur le paysage informationnel audiovisuel. Elle porte sur les programmes qualifiés « d’information » par l’Arcom, diffusés sur 18 chaînes de télévision et de radio nationales, publiques et privées, accessibles sur le territoire français. Ce périmètre inclut notamment TF1, France Télévisions, BFM TV, CNews, LCI, Arte, ainsi que France Inter, France Info, RTL, Europe 1 ou RMC .

L’analyse couvre la période de janvier à août 2025, et repose sur un dispositif de détection combinant :

  • une identification automatisée des segments médiatiques à risque de mésinformation climatique*,
  • une vérification et une qualification systématiques par des fact-checkers spécialisés,
  • Un regroupement en "narratifs" dès lors qu’un récit apparaît plus de huit fois, seuil retenu pour caractériser une dynamique structurée et non anecdotique.

Ce cadre est central : il ne s’agit pas d’un jugement éditorial, mais d’une approche opérationnelle fondée sur le caractère factuellement faux ou trompeur des contenus. C’est ici que l’étude met en évidence un phénomène clé pour les entreprises : la désinformation ne vise plus la science, mais les solutions. La mobilité y occupe une place stratégique.

*La mésinformation climatique est définie par Data For Good, QuotaClimat et Science Feedback dans l’étude telle que suit. Elle se distingue par l’absence de volonté démontrée du locuteur de nuire, pouvant donc relever de l’erreur, ou de la perméabilité à des récits trompeurs.

Étude de référence : ce que montrent réellement les données

L’étude analyse 529 cas de mésinformation détectés. Le chiffre choc est le suivant : 90% des narratifs ciblent les solutions.

L’étude précise la répartition thématique des attaques contre les solutions :

  • 63% concernent le secteur énergétique (énergies renouvelables principalement).
  • 9% concernent directement la mobilité.
  • 9% ciblent le rôle de la France dans l’action climatique mondiale.

Ce déplacement du discours correspond au “nouveau déni climatique” : un discours qui ne conteste plus les faits (le réchauffement climatique est là), mais sape la faisabilité, la légitimité et la rationalité économique de l’action.

Étude de cas sectorielle : la mobilité comme cible stratégique

Pourquoi 9% des narratifs visent-ils spécifiquement la mobilité ? En réalité, ce chiffre est massif car la mobilité est un levier de transition "en première ligne".

1. Un levier immédiatement activable

Contrairement à l’industrie lourde, les flottes d’entreprise sont renouvelées régulièrement. Les décisions sont prises au niveau opérationnel et les impacts sont visibles à court terme. C’est précisément ce qui rend la mobilité "dangereuse" pour les acteurs du statu quo.

2. Une concentration de coûts, d’usages et de symboles

Le véhicule professionnel est un outil de production, un marqueur social et un poste de coût significatif. La désinformation exploite ici la "peur de la perte" : perte d’autonomie, de rentabilité ou de liberté.

3. Une réglementation omniprésente

ZFE, fiscalité, fin du thermique : autant de leviers qui alimentent des récits anxiogènes sur une “écologie punitive”. Le rapport note d'ailleurs que les pics de désinformation coïncident souvent avec l'actualité législative.

Les narratifs dominants identifiés dans l’étude (appliqués à la mobilité)

L’étude montre que la désinformation repose sur la répétition de récits créant un biais de vérité. Pour la mobilité, cela se traduit par :

  • L’absurdité économique supposée des véhicules électriques.
  • L’inadaptation totale aux usages professionnels réels.
  • Le caractère punitif des ZFE pour les entreprises.

Le rapport souligne que ces récits sont portés majoritairement par des invités politiques (24%) et des chroniqueurs ou journalistes du secteur privé (46%). La répétition, plus que la véracité, devient le moteur de l’impact.

Effets mesurables sur les perceptions et les décisions

L’étude met en regard la désinformation médiatique avec des données d’opinion préoccupantes : 71% des Français estiment que les électriques sont aussi nocives que les thermiques. L’acceptabilité de la fin de vente des thermiques est tombée à 34%. Ce n’est pas un rejet technique, mais un brouillage informationnel réussi.

Conséquences pour les entreprises : trois effets concrets

Pour les responsables RSE, bilan carbone et fleet managers, ces narratifs produisent trois effets très concrets.

1. L’inaction comme stratégie par défaut

Face à une incertitude largement nourrie par la désinformation climatique, de nombreuses entreprises adoptent aujourd’hui une posture d’attente.

Les décisions de renouvellement de flotte sont reportées, les arbitrages structurants sont gelés, et le maintien de véhicules thermiques est justifié par une logique de « prudence » perçue comme rationnelle.

Cette inaction n’est pas le fruit d’un manque de volonté, mais d’un environnement informationnel brouillé, dans lequel le risque supposé de la transition paraît plus élevé que celui du statu quo.

2. Des décisions de flotte biaisées

Lorsque la décision est finalement prise, elle repose trop souvent sur une lecture incomplète ou biaisée des usages réels.

Les contraintes opérationnelles sont mal objectivées, l’autonomie des véhicules électriques est surestimée comme frein majeur, et le coût total de détention (TCO) est évalué à partir de récits dominants plutôt que de données factuelles.

Dans ce contexte, la désinformation ne bloque pas seulement l’action : elle dégrade la qualité même des décisions prises.

3. Une trajectoire carbone fragilisée

Cette combinaison d’inaction et de décisions biaisées a un impact direct sur la trajectoire climatique des entreprises.

En effet, la mobilité restant l’un des principaux postes d’émissions dans les bilans carbone, chaque année de retard creuse l’écart avec les objectifs de décarbonation.

À moyen terme, ce décalage expose les entreprises à un triple risque : réglementaire (avec le durcissement progressif des normes) ; financier (via des coûts de transition reportés et concentrés) ; et réputationnel (en fragilisant la crédibilité des engagements RSE affichés).

Étude de cas inversée : ce que permet une approche par la donnée

Là où la désinformation agit sur l’émotion et le doute, la donnée permet d’objectiver. C’est le rôle d’un outil comme Oriway Business.

  • Objectiver plutôt que convaincre : en analysant les usages réels (kilométrage, cycles), on compare thermique et électrique sur des coûts complets (TCO) réels, et non supposés.
  • Sortir du débat idéologique : l’étude montre que la désinformation prospère là où les enjeux économiques sont mal expliqués. La donnée ramène la décision sur un terrain rationnel.

Pourquoi la donnée est un enjeu de gouvernance ?

Le rapport conclut que la désinformation est un "mécanisme organisé de l’inaction". Pour les entreprises, cela implique une responsabilité nouvelle : ne pas subir le débat public saturé, mais structurer leurs décisions sur des faits documentés.

La mobilité devient alors un cas d’école : hautement exposée au "nouveau déni", mais aussi hautement pilotable par la donnée.

Conclusion : décider dans un environnement dégradé

L’étude est claire : la désinformation climatique est désormais systémique. La question pour une entreprise n'est plus de "croire" ou non à la transition de sa flotte, mais de savoir sur quelle base elle décide. Dans un environnement saturé de récits trompeurs, la donnée devient un outil de souveraineté décisionnelle pour transformer la mobilité en levier de performance réelle.

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Camille Gautier
Cheffe de projet mobilité décarbonée

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