Cet article s’appuie sur les résultats du rapport Cartographie de la désinformation climatique dans les médias français et brésiliens, publié en octobre 2025 par Data For Good, QuotaClimat et Science Feedback, dans le cadre d’une coopération entre le projet Climate Safeguards et l’Observatoire des Médias sur l’Écologie.
Le périmètre de cette étude est très clairement délimité. Elle analyse exclusivement la désinformation climatique, au sens strict défini par la littérature académique et les standards internationaux de fact-checking. Les sujets environnementaux connexes (biodiversité, ressources naturelles ou agriculture hors lien direct avec le climat) sont explicitement exclus du champ d’analyse.
Sur le plan géographique et médiatique, l’étude se concentre, pour la France, sur le paysage informationnel audiovisuel. Elle porte sur les programmes qualifiés « d’information » par l’Arcom, diffusés sur 18 chaînes de télévision et de radio nationales, publiques et privées, accessibles sur le territoire français. Ce périmètre inclut notamment TF1, France Télévisions, BFM TV, CNews, LCI, Arte, ainsi que France Inter, France Info, RTL, Europe 1 ou RMC .
L’analyse couvre la période de janvier à août 2025, et repose sur un dispositif de détection combinant :
Ce cadre est central : il ne s’agit pas d’un jugement éditorial, mais d’une approche opérationnelle fondée sur le caractère factuellement faux ou trompeur des contenus. C’est ici que l’étude met en évidence un phénomène clé pour les entreprises : la désinformation ne vise plus la science, mais les solutions. La mobilité y occupe une place stratégique.
*La mésinformation climatique est définie par Data For Good, QuotaClimat et Science Feedback dans l’étude telle que suit. Elle se distingue par l’absence de volonté démontrée du locuteur de nuire, pouvant donc relever de l’erreur, ou de la perméabilité à des récits trompeurs.
L’étude analyse 529 cas de mésinformation détectés. Le chiffre choc est le suivant : 90% des narratifs ciblent les solutions.
L’étude précise la répartition thématique des attaques contre les solutions :
Ce déplacement du discours correspond au “nouveau déni climatique” : un discours qui ne conteste plus les faits (le réchauffement climatique est là), mais sape la faisabilité, la légitimité et la rationalité économique de l’action.
Pourquoi 9% des narratifs visent-ils spécifiquement la mobilité ? En réalité, ce chiffre est massif car la mobilité est un levier de transition "en première ligne".
Contrairement à l’industrie lourde, les flottes d’entreprise sont renouvelées régulièrement. Les décisions sont prises au niveau opérationnel et les impacts sont visibles à court terme. C’est précisément ce qui rend la mobilité "dangereuse" pour les acteurs du statu quo.
Le véhicule professionnel est un outil de production, un marqueur social et un poste de coût significatif. La désinformation exploite ici la "peur de la perte" : perte d’autonomie, de rentabilité ou de liberté.
ZFE, fiscalité, fin du thermique : autant de leviers qui alimentent des récits anxiogènes sur une “écologie punitive”. Le rapport note d'ailleurs que les pics de désinformation coïncident souvent avec l'actualité législative.
L’étude montre que la désinformation repose sur la répétition de récits créant un biais de vérité. Pour la mobilité, cela se traduit par :
Le rapport souligne que ces récits sont portés majoritairement par des invités politiques (24%) et des chroniqueurs ou journalistes du secteur privé (46%). La répétition, plus que la véracité, devient le moteur de l’impact.
L’étude met en regard la désinformation médiatique avec des données d’opinion préoccupantes : 71% des Français estiment que les électriques sont aussi nocives que les thermiques. L’acceptabilité de la fin de vente des thermiques est tombée à 34%. Ce n’est pas un rejet technique, mais un brouillage informationnel réussi.
Pour les responsables RSE, bilan carbone et fleet managers, ces narratifs produisent trois effets très concrets.
1. L’inaction comme stratégie par défaut
Face à une incertitude largement nourrie par la désinformation climatique, de nombreuses entreprises adoptent aujourd’hui une posture d’attente.
Les décisions de renouvellement de flotte sont reportées, les arbitrages structurants sont gelés, et le maintien de véhicules thermiques est justifié par une logique de « prudence » perçue comme rationnelle.
Cette inaction n’est pas le fruit d’un manque de volonté, mais d’un environnement informationnel brouillé, dans lequel le risque supposé de la transition paraît plus élevé que celui du statu quo.
2. Des décisions de flotte biaisées
Lorsque la décision est finalement prise, elle repose trop souvent sur une lecture incomplète ou biaisée des usages réels.
Les contraintes opérationnelles sont mal objectivées, l’autonomie des véhicules électriques est surestimée comme frein majeur, et le coût total de détention (TCO) est évalué à partir de récits dominants plutôt que de données factuelles.
Dans ce contexte, la désinformation ne bloque pas seulement l’action : elle dégrade la qualité même des décisions prises.
3. Une trajectoire carbone fragilisée
Cette combinaison d’inaction et de décisions biaisées a un impact direct sur la trajectoire climatique des entreprises.
En effet, la mobilité restant l’un des principaux postes d’émissions dans les bilans carbone, chaque année de retard creuse l’écart avec les objectifs de décarbonation.
À moyen terme, ce décalage expose les entreprises à un triple risque : réglementaire (avec le durcissement progressif des normes) ; financier (via des coûts de transition reportés et concentrés) ; et réputationnel (en fragilisant la crédibilité des engagements RSE affichés).
Là où la désinformation agit sur l’émotion et le doute, la donnée permet d’objectiver. C’est le rôle d’un outil comme Oriway Business.
Le rapport conclut que la désinformation est un "mécanisme organisé de l’inaction". Pour les entreprises, cela implique une responsabilité nouvelle : ne pas subir le débat public saturé, mais structurer leurs décisions sur des faits documentés.
La mobilité devient alors un cas d’école : hautement exposée au "nouveau déni", mais aussi hautement pilotable par la donnée.
L’étude est claire : la désinformation climatique est désormais systémique. La question pour une entreprise n'est plus de "croire" ou non à la transition de sa flotte, mais de savoir sur quelle base elle décide. Dans un environnement saturé de récits trompeurs, la donnée devient un outil de souveraineté décisionnelle pour transformer la mobilité en levier de performance réelle.
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